HtmlToText
aller au contenu accueil a propos ← articles plus anciens des parvenus d’opérette, aux mains rouges de sang publié le 2 août 2018 par noël pécout celui-ci fut le fils d’un père assassiné par les colons français. le 13 septembre 1927, dans des circonstances obscures, si terribles que sa mère se suicida une semaine plus tard. nous sommes en afrique, où le suicide est rare; il faut donc que l’injustice ait été bien grande, et le choc, considérable. l’enfant noir reste orphelin. cinquante ans plus tard, en 1977, l’ancien petit orphelin se fait sacrer empereur en reproduisant fidèlement l’apparat du sacre de napoléon, et devient bokassa ier, empereur de centrafrique. la fable mérite d’être expliquée. les missionnaires qui le recueillirent le baptisèrent jean bedel, bedel d’après les trois lettres b.d.l., abréviation de saint jean-baptiste de la salle sur les calendriers d’époque. après ses études, le jeune jean-bedel s’engagea dans l’armée française en 1939, traversa la guerre mondiale sans quitter le continent africain, participa à la guerre coloniale en indochine, se signalant par un tempérament brutal et une compétence soldatesque indéniable. en 1958, il devint capitaine de l’armée française, d’un loyalisme à toute épreuve. bangui, 1993, 3 générations, une photographie de philippe jimenez il aime la boisson, les femmes et la bagarre. lorsqu’il rentre dans son pays, l’oubangui-chari, à la veille de l’indépendance, il a déjà plusieurs enfants de plusieurs épouses -il en aura dix-sept en tout. l’une d’elle, frêle et blonde mineure qu’il parvient à arracher à ses parents, le décrit comme un blanc avec une peau de noir, toujours sanglé dans un uniforme impeccable. il est pieux sans aller à la messe, assiste aux cérémonies animistes sans porter de gri-gri, et ne s’intéresse, dans sa maison, qu’à deux sortes d’objets décoratifs: la bible et les bustes de napoléon. la résistance à la part africaine semble réussie, et l’identification au pouvoir colonial, presque parfaite. en 1966, six ans après l’indépendance de l’oubangui-chari, devenu la centrafrique, le colonel bokassa dépose le président de son pays sans verser trop de sang, ce qu’en france foccard appellera un coup d’etat réussi. le pouvoir colonial supposé déchu approuve. à l’ambassadeur d’israël, le nouveau chef d’état se plaint d’être pauvre, et poursuit: je suis un enfant de de gaulle. ce sont mes frères français qui m’aideront. n’oubliez pas que les seigneurs français, au moyen âge, donnaient des bals, des fêtes, pour manifester leur pouvoir, pour faire briller leur gloire! le général bokassa, à cette époque, est un blanc avec une peau de noir, fils médiéval d’un grand général blanc. lorsqu’il est accueilli pour la première fois à l’élysée, bokassa claque des talons devant le général de gaulle en tonnant: bonjour, père! le président français n’apprécie pas, lui demande instamment de l’appeler monsieur le président , mais rien à faire, bokassa persiste à l’appeler papa . au demeurant, son autoritarisme de militaire aide le nouveau dictateur africain à faire progresser l’économie de son pays. parce qu’il a l’œil rivé sur son papa, en mai 1968, il lui propose de sauter sur paris avec ses parachutistes centrafricains, pour le libérer des sauvages étudiants. en 1969, son papa le reçoit en visite officielle. heure de gloire: bokassa affiche dans son bureau deux photos, l’une le montrant en tirailleur, pieds nus et chéchia sur la tête, lors d’une revue passée par le général de gaulle en 1940, l’autre montrant les deux, le père et le fils, chefs d’état portant exactement le même uniforme de général de brigade de l’armée française, et arborant d’impeccables chaussures cirées. l’histoire psychique de bokassa est celle d’un va-nu-pieds qui accède aux chaussures luisantes des chefs. 1974 on se doute que le retrait politique du général de gaulle va produire des effets redoutables, d’autant que bokassa doit déjouer au même moment un putsch conduit par l’un de ses frères d’armes, qu’il fait fusiller -ou enterrer vivant, on ne sait. après la démission du général de gaulle en 1969, bokassa se met à boire énormément, et l’afrique reprend en lui quelques-uns de ses droits; il parle plus souvent en sango, sa langue natale. de gaulle quitte le pouvoir en avril 1969: à partir de juillet -on aimerait vérifier la date, probablement le 14- bokassa expulse des coopérants français. puis il devient marxiste et entame le parcours des pays sous domination soviétique, les grands frères. le père a démissionné, mais son fils s’est trouvé un tas de frères -toujours des blancs. à la mort du général, c’est une tout autre affaire. à colombey, alors que tous les présidents des anciennes colonies d’afrique sont réunis devant la tombe, bokassa se met à gémir, hoqueter, sangloter en criant papa, papa … , au grand scandale de son voisin béninois, qui le fait taire. en invoquant leur père commun, en l’appelant son frère comme on le fait en afrique, pompidou parvient à le calmer et, du coup, bokassa jette son marxisme aux orties. dans le même mouvement, il veut régulariser sa fonction paternelle, et fait rechercher une fille qu’il a eue d’une épouse vietnamienne. la fille perdue est accueillie au son d’une fanfare mais, hélas! ce n’est pas la vraie. la vraie arrive quelque temps plus tard. qu’à cela ne tienne! bokassa mariera les deux en invitant tous ses compatriotes à se porter candidats au mariage. deux gendres se sont présentés, qui épouseront les métisses vietnamiennes, la vraie et la fausse fille, généreusement adoptée. la famille bokassienne s’élargit, signe de l’africanité si longtemps refoulée. les dérapages sanguinaires commencent en 1971, six mois après la mort de papa. il faut sacrifier aux mânes des ancêtres. pour la fête des mères, bokassa fait exécuter tous les meurtriers de leurs épouses. en 1972, alors qu’il est devenu président à vie, il fait couper les oreilles aux voleurs et bastonner quarante-six condamnés de droit commun en place publique; trois d’entre eux en meurent. la france continuant à payer le budget de la centrafrique, bokassa peut librement se comporter en colon blanc. en 1974, le jour de la victoire de giscard sur mitterrand -événement qui le réjouit considérablement- bokassa s’est attribué le titre de maréchal, recevant un bâton piqueté de diamants. ce bâton de commandement était une nécessité: il était grand temps de dénouer la forte tension psychique qui s’était emparée de lui à l’idée que giscard pourrait perdre. pendant la campagne présidentielle en france, le maréchal bokassa a failli empaler sur le tronc d’un jeune arbre un coopérant français, qu’il a jeté en prison pour calomnies contre sa personne. le délire de persécution s’est aggravé sous la menace de la victoire d’un français socialiste qui ne lui ménageait pas ses critiques. giscard élu, tout va, bien: bokassa a souvent accueilli le chasseur. valéry giscard d’estaing reproduit la stratégie de parenté, et signe le livre d’or de bokassa: pour mon parent et ami, le président à vie. mais parent est un terme moins fort que frère, et le cousin valéry a quand même trahi le père. de sombres querelles de chasse ternissent la parenté entre les présidents, et on voit bokassa en proie à un grand désarroi. pire encore, en 1976, l’un des gendres de bokassa, marié à l’une des filles vietnamiennes, organise contre son beau-père un attentat qui manque de peu. un autre de ses gendres -le mari de l’autre vietnamienne- assassine le bébé nouveau-né du traître. la parenté prend l’eau des deux côtés: que ce soit en france ou en afrique, les gendres, cousins, vraies et fausses filles, rien ne marche. bokassa décide d’interdire à ses sujets de l’appeler papa, vieille coutume africaine qu’il résilie. décidément, la famille ne vaut plus rien. c’est ainsi que jean-bedel décide de se faire sacrer empereur sous le nom de bokassa ier: excellente façon de devenir son propre père, en fondateur d’une dynastie. célébrée le 4 décembre 1977, la cérémonie du sacre reproduit le couron